Post-mémoires

Applications en ligne - Écriture numérique - 2011-2013
Préface

Post-mémoires est un projet d'autoportrait littéraire et graphique. Les post-mémoires sont des souvenirs condensés en micro-récit, inscrits sur un post-it, qui s'affichent sur différentes interfaces. 

Ces feuillets sont ici réunis dans une application tridimensionnelle où se dessine mon visage. Par ses mouvements dans l’espace d’exposition, le visiteur peut survoler cette surface et parcourir ainsi des visions de mon enfance.

Face projette le temps dans l'espace en modelant mon visage avec mes souvenirs. Façade est une interface d'écriture pour moi, et de lecture pour vous. Facettes mélange mes souvenirs enfouis pour révéler l'inatendu du surgissement. Le galerie facebook ouvre un espace discutable. La préface explicite mon intention de partager une expérience intime. Ainsi, le projet Post-mémoires relève autant de l'entreprise autobiographique que de la recherche d'une forme singulière de langage.

Mémoire

Une entreprise autobiographique est un travail de sélection et d’organisation de souvenirs qui vise à recomposer une mémoire dans un sens chronologique afin d’apporter un témoignage personnel ou historique. En ce sens, le projet Post-mémoires ne constitue pas une autobiographie. Certes, mon intimité est ici exposée, mais dans une ambition plus poétique que littéraire. Je cherche moins à raconter ma vie, qu’à rassembler des instantanés évoquant mon enfance. Ainsi, le projet est avant tout une exploration psychique. Cette introspection est par définition égocentrique. Mais elle vise à échanger une expérience sensible avec autrui.

Écriture

Les post-mémoires répondent à des contraintes à la fois graphiques et textuels. Ils sont rédigés à travers une interface graphique dans un cadre commun : des carrés de couleurs. Ceux-ci représentent les bouts de papier autoadhésifs, amovibles et réunis en bloc, sur lesquels on note des idées, des messages, des choses à ne pas oublier et que l’on oublie sitôt passées. Objets jetables en série, les post-its illustrent la futilité de nos actions courantes. Ils permettent ici de jouer du contraste entre  l’importance subjective des souvenirs et leur volatilité. Par ailleurs, ce cadre impose de synthétiser les événements en quelques phrases : un titre, une phrase introductive, un "développement" et quelques mots de conclusion. Codifié comme un haïku, direct comme une microfiction, un post-mémoire cible l’essentiel dans la narration. Il doit évoquer en quelques lignes l’impalpable des choses vécues. Derrière la simplicité d’un polaroid, se cache l’impact d’une sentence. La blessure sous la cicatrice. Les post-mémoires sont d'abord rédigés au fil de ma mémoire : les souvenirs sont récoltés au gré de mon inconscient et de ses associations d'idées. Cette phase d'écriture a lieu sur une page web, façade, qui alimente et affiche les données stockées sur une base.

Saisie

Les bases de données sous-tendent nos sociétés informatisées. Elles modélisent des aspects pertinents de la réalité pour permettre un accès optimal à certaines informations. Elles offrent ainsi aux utilisateurs une vue de la réalité. En ce sens, une base de données et son système de gestion rappelle le fonctionnement de notre mémoire.
Pendant la phase d'écriture, les post-mémoires sont stockés dans une base de données : le titre, le texte et la couleur sont associés. Parallèlement, mon visage est scanné en 3D et les coordonnées sont traitées pour y être également intégrées. Les deux séries de données constituent la matière première de l’autoportrait. Ces aspects techniques sont constitutifs du projet puisque qu'ils permettent la mise en relation et le partage de ces informations. En combinant structure psychique et structure physique, la base de données compose l'ossature du projet. Ces coulisses structurent l'interface par laquelle le visiteur accède aux post-mémoires. Par ailleurs, les textes sont enregistrés vocalement pour former un troisième tableau de données.

Interfaces

La restitution principale du projet est une page internet sur laquelle est projetée une animation interactive : face. Une requête, passée à la base de données, crée une boucle qui produit l'affichage des post-mémoires. Les textes enregistrés composent un murmure indistinct tandis que les feuillets s'assemblent pour déformer l'espace et dessiner mon visage. L'internaute peut alors approcher pour examiner cet objet tridimensionnel. Il découvre ainsi ce que recèle cette surface manuscrite et bigarrée. Il remonte le cours de ma vie en frôlant ma peau de papier. En lisant les post-its, il explore les anecdotes tantôt drôles, tantôt graves, les curiosités et les failles, une famille et une époque, les couleurs et les odeurs, un monde centré et ouvert. Il y reconnaîtra l'identité d'un petit bourgeois de province né alors que s'inventait le courrier électronique.

Cette forme multimédia est complétée par d'autres représentations. L'interface d'écriture qui compose une façade régulier permet une lecture à plat des post-mémoires. En procédant à un mélange aléatoire, facettes donne un sens inattendu à ma mémoire. Au travers de la galerie facebook, cette mise à nu prend le contre-pieds de l'ambiance généralement festive et pose la question de l'image de chacun sur le réseau. Enfin, la mise en espace d'installations interactives et l'édition d'un objet-livre apporterait une dimension plastique au projet.