Projet "Mission Atlantide"
Projet de résidence et d’expositions franco-québécoise - 2006
LA VISION
Aristote a déclaré que «c’est Platon seul qui fit sortir l’Atlantide des flots ; et c’est lui seul qui l’y fit rentrer».
Cette phrase révèle toute la dualité de la culture occidentale. Mais il est temps de mettre fin à cette antique querelle en vous annonçant la récente découverte du continent perdu. En effet, au cours d’une de mes promenades numériques, j’ai abordé un rivage inconnu. Les mots ne suffisent pas à exprimer ce que j’ai ressenti en foulant cette terre dévastée. Quelques vestiges, nul être vivant, une seule certitude : j’étais en Atlantide.
Le monde qui s’ouvrait à moi était bien celui relaté par Platon et avant lui par Solon, celui rêvé par Colomb et Cartier, celui usurpé par un petit-fils de Schliemann, celui que certain situe désormais en Crète, celui qui, depuis des millénaires, soude notre inconscient collectif. Tandis que je m’égarais dans ces pensées, les âmes perdues d’Atlantide me soufflèrent d’une seule voix : «Il t’incombe de redonner vie à notre rêve». Rien que ça ! Soit, mais avec qui ? Et par quels moyens ?
Ainsi est né le projet de repeupler l’Atlantide.
L'IDÉE
L’objectif de ce projet est de réaliser deux expositions transatlantiques où les visiteurs québécois et français navigueront pour converger vers ce nouveau nouveau monde, vers cet imaginaire commun : l’Atlantide.
En tant que breton, j'ai le regard tourné vers la mer, vers l'ailleurs. L’île de Cézambre près de Saint Malo ou l’île d’Anticosti au Québec sont des invitations au voyage. Une île fait rêver autant pour elle-même que pour la traversée qu’elle implique. Cette expérience de transition unit implicitement tous les passagers, qu’ils soient habitants ou simple visiteurs. Ainsi, l’objet de la "Mission Atlantide" est autant de réunir français et québécois sur un territoire vierge que de les y amener.
Le Saint-Laurent et la Manche ouvrent la voie vers un ailleurs, un retour aux sources, un lointain parent ou simplement vers l’imaginaire. L’Atlantide est tout cela à la fois. C’est une passerelle entre le nouveau et l’ancien monde, entre le chaos et le cosmos, entre le matérielle et le numérique, entre une réalité et une autre.
Quiconque a participé à un jeu en ligne, s’est inscrit à un forum ou a dialogué sur une messagerie en direct s’est déjà projeté dans un avatar, une incarnation numérique. Ce dédoublement sera la première étape du voyage et posera le visiteur en équilibre entre réalité tangible et réalité digitale. Il naviguera ensuite à travers des parcours en réseau depuis son monde réel (l’environnement de la salle d’exposition) jusqu’à un monde virtuel (l’Atlantide).
LA RÉALISATION
Le projet se déroule donc sur trois territoires : le Québec, la France et un entre-deux, l'Atlantide. La résidence québécoise aura pour objet de réaliser différents itinéraires numériques qui mèneront des lieux d’exposition à l’océan puis, de donner forme à l’Atlantide. J'aurai au préalable collecter les images et les sons nécessaires à la réalisation des itinéraires français.
Les expositions auront lieux simultanément de chaque côté de l’Atlantique. Elles se décomposent en deux espaces : un espace studio et un espace projection. La première partie propose aux visiteurs de participer au casting et devenir ainsi les acteurs de l’aventure. Dans la partie projection, ils sont invités à naviguer au sein des animations interactives pour atteindre l’Atlantide soit depuis la France, soit depuis le Québec.
Les expositions se prolongeront sur Internet puisque les animations y seront disponible.
Résidence au Québec : Réalisation des animations
Le projet débutera par une collecte de photos, de vidéos et de sons entre les lieux d’exposition et le rivage. À savoir, les bords du Saint-Laurent d’un côté, et les côtes de la Manche de l’autre. Ces éléments donneront la matière à concevoir des scénarios interactifs. Dans la continuité de mon travail (ex. : www.fredmurie.net > "Duel en façade"), je réaliserai des animations mettant en scène une silhouette engagée dans un parcours en rhizome. Les animations s’attacheront à la réalité en utilisant des images et des sons bruts, et s’en détacheront par leurs côtés ludique et décalé. De même, pour le voyage vers l'Atlantide, le véhicule utilisé sera un objet commun doté de fonctions extraordinaires. Il devra en effet permettre au personnage de sortir du lieu d’exposition, de traverser l’environnement urbain, et de naviguer sur l'océan qui sépare monde réel et monde virtuel. Si tout se passe bien, la destination de ce voyage sera l’Atlantide. Ainsi prendra forme le continent perdu.
Expositions en France et au Québec : Casting et projection interactive
Durant l’exposition, en préambule à la projection, les visiteurs seront invités à participer au casting de l’expédition. Ils se construiront un avatar en traversant l'espace studio. À la manière d’un photomaton, seul, en couple ou en petit groupe, ils prendront leur portrait sous différents angles puis, enregistreront leur nom (pseudo ou réel). Ces éléments traités seront validés et intégrés au fur et à mesure à l’interface de départ.
L’animation sera projetée sur écran et contrôlable par les visiteurs depuis une borne interactive originale. S’installer dans la réalité pour mieux s’en détourner, telle est la stratégie appliquée au fer-souris, objet hybride entre banal instrument domestique et outil technologique (www.fredmurie.net > "au fil du fer"). Sur ce principe, je choisirai un objet en relation avec le véhicule de l'animation pour permettre au spect-acteur* de naviguer dans la projection. L’interface lui proposera de sélectionner un personnage dans la banque d'avatars disponibles. Puis, il choisira le point de départ (le Québec ou la France) avant de plonger vers l'Atlantide...
*cf. Démarche Artistique.